La ferme : le rêve qui m’a fracassée pour me ramener à moi
- MariePier BT
- 25 mai
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 6 jours
Le rêve d’une autre vie
Pendant plusieurs mois, nous avons chéri le rêve de vivre de manière autosuffisante.
Avec notre parcelle de terre à cultiver, nos arbres fruitiers, quelques animaux pour les œufs et le lait, la chasse et la pêche de subsistance.
On en parlait souvent dans la cour arrière de notre petite maison mobile, pendant que nos deux enfants dormaient. On voyait ça pour plus tard. Dans longtemps. Quand on aurait de l’argent. Peut-être à la retraite.
Puis une opportunité s’est présentée.
Un projet d’investissement.
Une maison à vendre.
Un retraité qui ne pouvait plus l’entretenir.
En plein postnatal de ma troisième, on a monté un plan d’affaires solide. On a cherché du financement. On a appris sur le MAPAQ, l’UPA, la Financière agricole du Québec.
Et on l’a fait.
On a acheté une ferme.
Une terre agricole à nous, pour concrétiser notre rêve de manger les aliments qu’on cultivait, d’élever nos enfants en connexion avec la Terre, de vivre plus près de nos valeurs.
J’ai eu la ferme dont j’avais rêvé.
Celle que j’avais manifestée.
Pour plusieurs, c’était peut-être juste une maison, une terre, des serres, des animaux, un projet un peu fou.
Pour moi, c’était beaucoup plus que ça.
C’était un rêve.
Une terre magnifique au bord du fleuve Saint-Laurent.
Un premier vrai pas en dehors du moule.
Une tentative de créer une vie plus libre, plus vivante, plus proche de la terre, de mes enfants, de mes valeurs.
Quand le rêve nous éclate au visage
Ce premier pas en dehors du moule a été loin d’être aussi romantique que nous l’avions imaginé.
Il nous a éclaté au visage.
C’était un peu comme sortir de la caverne de Platon. Je pensais trouver la lumière. Et je l’ai trouvée, oui. Mais elle m’a brutalement aveuglée.
Nous avons emménagé en novembre. La neige couvrait déjà le sol. Il allait falloir attendre pour concrétiser notre rêve de semis, de culture, d’abondance.
Au cœur de ce premier hiver, ma première dépression postpartum m’a frappée.
Assise sur mon divan, jour après jour, à compter les vans qui traversaient la route 138, à imaginer ma mort.
Puis le printemps est arrivé.
Et la COVID aussi.
Notre beau plan d’affaires est tombé à l’eau, au fur et à mesure que nos acheteurs nous annonçaient qu’ils mettaient leur projet sur la glace, en attendant de voir l’évolution du contexte pandémique.
C’est ainsi qu’on a vécu notre premier printemps.
Avec nos trois enfants qui cueillaient les carottes dès que deux feuilles sortaient de terre, pour voir si elles étaient prêtes.
Réduisant tous nos efforts de production à de maigres résultats.
Mourir à celle qui voulait tout tenir
Mais nous avons persévéré.
Trois autres printemps.
Pour le prouver aux autres, peut-être.
Ou pour nous le prouver à nous-mêmes.
On a travaillé toujours plus fort.
En se réinventant.
En trouvant de nouvelles solutions après chaque échec.
En mettant les bouchées doubles, surtout quand on n’avait presque plus d’énergie.
Plus on était fatigués, plus on essayait de faire mieux.
Mais ce n’était pas ça que je devais apprendre.
La ferme m’a fracassée en mille morceaux.
Une partie de moi y est morte.
Pas parce que la ferme était mauvaise.
Mais parce que la version de moi qui essayait encore de tout tenir, de tout réussir, de tout prouver, ne pouvait plus survivre là.
La beauté au milieu du chaos
Quand je regarde les photos de cette époque, le bordel dans la maison me rappelle à quel point je suis tombée bas.
À quel point la chute a été brutale.
Mais ce qui me marque surtout, c’est de voir comment nous avons toujours su nous émerveiller des petits instants.
Admirer les couchers de soleil.
Manger des framboises à en avoir mal au ventre.
Faire des feux dans le tipi.
Cuisiner un festin de cabane à sucre.
Faire une sieste dans un abri de fortune en branches de sapin.
Il y avait la fatigue.
Il y avait la chute.
Il y avait la peur.
Mais il y avait aussi la beauté.
Naître autrement
Pendant que cette version performante et productive de moi mourait tranquillement, la sagesse de la terre et la connexion avec le fleuve permettaient autre chose.
Une renaissance.
J’ai recommencé à entendre la voix de mon intuition.
C’est elle qui m’a guidée vers ma formation d’accompagnante en féminin sacré.
Et c’est là que le vrai travail sur moi a commencé.
Ralentir.
Observer.
Lâcher prise.
Revenir dans mon corps.
Apprendre à m’écouter pour vrai.
J’ai décoré une pièce à l’étage pour en faire ce qu’on appelait “la salle de méditation”.
Je me souviens encore de moi, en train de peindre les murs de cette pièce en blanc, en pleine dépression, en me disant :
"Quand cette pièce va être finie, je vais être guérie."
J’ai suivi mon cours en ligne assise par terre dans cette chambre.
J’ai commencé à méditer.
L’année suivante, cette même pièce changeait de vocation.
Elle devenait la chambre de naissance et de postpartum de ma fille.
J’y ai vécu une naissance libre, puissante et consciente.
Puis je m’y suis reposée 40 jours, en pleine saison des récoltes.
J’apprenais à prendre soin de moi.
Pour vrai.
Ce lieu enchanteur a aussi été l’hôte des deux premières journées de retraite que j’ai offertes.
Sous la pluie.
Entourée de fleurs sauvages.
Je n’oublierai jamais ces instants.
Laisser partir la ferme sans tout perdre
Malgré tout le beau vécu, malgré tous les précieux souvenirs, nous avons dû nous rendre à l’évidence.
Nous n’allions pas arriver à rentabiliser ce projet de ferme avec nos désormais quatre enfants, dont les besoins particuliers et les défis devenaient de plus en plus envahissants.
Pour préserver notre énergie, notre santé mentale et notre vie — littéralement — nous avons laissé partir ce rêve.
Tout ce qui était beau.
Tout ce qui était magique.
Tout ce qui avait compté.
J’ai cru que je perdais tout.
Mais avec le recul, je vois que je perdais surtout ce qui ne pouvait pas venir avec moi dans la suite.
Et plus encore, j’ai réalisé que cette magie n’appartenait pas qu'au lieu.
Tous ces projets, tous ces rêves, toute cette vie étaient encore bien vivants à l’intérieur de moi.
Même si je perdais ma maison.
Mes animaux.
Mes serres.
Mon véhicule.
Mes meubles.
On ne pouvait pas m’enlever ce qui était vivant à l’intérieur de moi.
À condition que je reste en vie.
Ce qui reste vivant
Je me suis libérée du fardeau des dettes pour partir plus légère vers la prochaine étape de ma vie.
J’ai appris à ressentir la sécurité à l’intérieur de moi.
J’ai appris à cultiver ma foi, même quand je comptais chaque dollar pour mettre des items dans mon panier d’épicerie.
Je sens que dans les yeux de plusieurs, c’était un échec. Peut-être même une erreur.
Et pourtant, pour avoir vécu de l’intérieur chaque tempête, chaque épreuve, chaque effondrement, je peux dire aujourd’hui que je suis reconnaissante de cette expérience.
Je n’utilise plus le mot échec.
J’utilise plutôt le mot apprentissage.
Je ne crois pas que les épreuves soient toujours belles.
Je ne crois pas qu’elles soient faciles à traverser.
Je ne crois pas non plus qu’on ait à faire semblant que tout va bien pendant qu’on souffre.
Mais je crois qu’avec le temps, certaines tempêtes peuvent devenir des enseignements.
À condition d’oser les regarder.
À condition d’oser en parler.
Parce que les apprentissages qui émergent de nos grandes traversées peuvent servir à d’autres, sans qu’ils aient à passer exactement par les mêmes douleurs pour les recevoir.
Grâce à cette ferme, non seulement j’ai mangé des œufs et des tomates délicieuses.
Mais j’ai aussi appris à oser sortir du moule.
J’ai appris à me regarder en face.
À me questionner sur mes choix.
Sur mes valeurs.
Sur ce que je voulais vraiment pour moi et mes enfants.
J’ai appris à cesser de vivre comme la masse me le dictait.
Aujourd’hui, je suis ma voie.
Je crois en mes rêves.
Et je suis fière d’offrir ce modèle à mes enfants.
La ferme n’a pas été la fin d’un rêve.
Elle a été la fin d’une version de moi.
Et le début d’une autre.
Accompagner les passages
Si ce texte résonne avec toi, ce n’est peut-être pas un hasard.
Une grande partie de mon travail aujourd’hui est d’accompagner les femmes dans leurs cycles, leurs passages, leurs transitions.
D’amener de la conscience et de la douceur dans les moments où la vie bouge, défait, transforme, appelle ailleurs.
Mon programme de reconnexion à soi par l’énergie féminine est né de ce même élan : guider le retour à soi, au corps, à l’intuition, au rythme intérieur.
Tu peux le découvrir ici :





































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