Une vie sans horloge ni miroir
- MariePier BT
- il y a 3 jours
- 4 min de lecture
Cette petite histoire de grandes prises de conscience a débuté en 2019, quand nous avons acheté une petite ferme avec l'intention de nous reconnecter à la Terre et de produire nous-mêmes notre nourriture, sur la Côte-Nord (on en rit aujourd'hui!).
Quand on s'est installés, on s'est retrouvés à temps plein chez nous, avec nos trois jeunes enfants de 9 mois, 4 et 5 ans, et rapidement en contexte de pandémie.
C'est à ce moment qu'est née l'idée d'enlever tous les cadrans, les horloges et même l'heure du micro-ondes et du four. L'intention derrière ça était d'apprendre à vivre davantage au rythme naturel de la course du soleil, mais aussi de nous reconnecter à nos ressentis corporels.
Est-ce que j'ai faim?
Est-ce que j'ai sommeil?
Ou est-ce que je me remplis une assiette parce qu'il est 8 h, midi et 17 h, et que je couche les enfants parce qu'il est 19 h?
Apprendre à observer nos ressentis internes.
Apprendre à observer nos enfants.
Apprendre à observer notre rythme interne naturel.
Parce que tout le monde est différent.
Chaque adulte.
Chaque enfant.
Chacun s'active le matin à un rythme différent.
Chacun a faim plus tôt ou plus tard après son réveil.
Certains mangent de petites portions chaque heure, d'autres seulement deux repas dans la journée.
Certains ont besoin de quelques heures de sommeil à peine, d'autres de plus de 12 heures.
Et pourtant.
On avait toujours vécu dans un cadre qui nous demande :
d'être en classe et prêts à apprendre à 7 h 54.
d'être productifs au travail de 8 h à 17 h.
d'avoir faim à 10 h pour la collation, 12 h pour dîner, 17 h pour souper et, peut-être, 20 h pour une collation. Mais pour certains, c'est tricher, et cette collation se vit dans la culpabilité ou le jugement!
Les premiers jours, j'ai été impressionnée, flabbergastée, de constater le nombre de fois où je me suis demandé à moi-même quelle heure il était. Où, naturellement, mes yeux ont cherché l'horloge.
Alors que j'étais en confinement pandémique 24/7 avec ma petite famille, sans aucune obligation. Personne ne m'attendait nulle part.
Force a été de constater que j'avais été programmée sur une horloge, absolument déconnectée de mes propres besoins. Et pire, que j'étais en train de formater mes enfants :
« Attends, on va bientôt dîner. »
« Ne mange pas, tu viens juste de déjeuner. »
« C'est l'heure d'aller te coucher. »
Avec cette intention en tête, celle d'être plus attentifs à nos besoins et d'apprendre à y répondre, on a appris à dire :
« Ressens-tu la faim ou as-tu envie d'en manger parce que c'est bon? »
« Es-tu certain d'avoir assez mangé avant de sortir de table? »
« Quel est le bon choix de collation que tu peux faire à ce moment? »
« Te sens-tu fatigué? »
« As-tu besoin d'aller te coucher? »
D'abord et avant tout à nous, comme adultes. Puis avec nos enfants, en agissant comme guides bienveillants, avec la conscience qu'ils auraient sûrement préféré manger le sac entier de pépites de chocolat comme collation et faire une nuit blanche!
On a vécu plus d'un an comme ça. Sans aucune heure. Nos journées avaient pour seuls guides la luminosité et nos ressentis corporels.
Le plus intéressant, c'est lorsqu'on recevait des visiteurs :
« À quelle heure on soupe? », disaient-ils.
« Quand on aura faim », leur répondait-on!
Puis, on a quitté la ferme pour retourner en ville. Se rapprocher des services, des loisirs, d'une communauté, espérait-on. Les enfants ont réintégré l'école, nous, le marché du travail conventionnel. On a remis l'heure sur le four et on a recommencé à utiliser nos téléphones et des phrases comme :
« L'autobus passe dans 5 minutes. »
« Dépêche-toi, on est en retard. »
« C'est l'heure de manger, l'heure de se coucher. »
J'ai cependant toujours refusé de mettre un réveil le matin. Ni pour moi, ni pour les enfants.
Le sommeil, c'est trop précieux. C'est la base de la santé.
À cette époque, je me levais plusieurs fois par nuit pour des cauchemars, des verres d'eau et des pipis, et j'avais de jeunes enfants très matinaux. Si, par un alignement astral extraordinaire, le miracle pouvait se produire que toute ma gang dorme jusqu'à 8 h, j'acceptais qu'on soit tous en retard!
Ce n'est pas arrivé souvent!
Mais je crois que ce retour de l'horloge dans nos vies,
de ce rythme pressé,
des lunchs à préparer trop vite,
des départs en catastrophe,
du stress d'être en retard,
des horaires rigides,
des soirées où il faut absolument coucher les enfants parce qu'« il est déjà tard »,
fait partie de ce qui a eu raison de nos santés mentales.
De ce qui nous a poussés à partir dans le grand nord québécois,
puis au Mexique,
à la recherche de lenteur
et d'un rythme plus naturel.
Aujourd'hui, nous sommes installés au Mexique depuis presque trois mois. Les enfants vont dans un centre d'apprentissage pour homeschoolers quatre heures par jour, le bébé reste à la maison avec ses parents. Nous avons choisi d'être travailleurs autonomes pour ajuster notre horaire en fonction de notre réalité familiale complexe.
Toujours pas de réveil matin.
Toujours pas d'horloge.
Pas de micro-ondes pour afficher l'heure.
Mais un téléphone sur la hotte du four pour savoir qu'il est bientôt l'heure de sortir et bientôt l'heure d'aller chercher les enfants.
Mais il existe une flexibilité ici qui est loin des traditionnelles cloches d'école qu'on a connues.
On arrive autour de 9 h, selon le temps dont on a eu besoin pour se préparer (il y a des matins qui roulent mieux que d'autres) et pour marcher le kilomètre qui nous sépare du milieu de vie des enfants.
Et peu importe le retard qu'on a — 2 minutes, 5 minutes ou même 7 — il y a toujours une mère plus en retard que moi pour normaliser le fait qu'on est des humains, pas des robots. Qu'on vit (ou survit!) la routine chaque matin avec des enfants qui vont plus ou moins bien et qui vivent des émotions (nous aussi d'ailleurs), ce qui rend les préparatifs plus ou moins chaotiques.
Pour ce qui est du miroir, c'est encore en phase expérimentale. Je vous en reparlerai.
On vient de s'installer dans une nouvelle maison où il a fallu tout acheter de zéro, et on ne s'est pas encore rendus à acheter des miroirs.
Et je vous avoue que c'est assez intéressant ce que ça amène comme prises de conscience!
