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Ralentir pour mieux vivre




Une des histoires que j'ai le plus racontée lorsque nous sommes revenus au Québec après notre séjour de six mois au Mexique, c'est comment le changement de rythme, surtout pour la routine du matin, avait un impact sur tout le reste de ma journée.


Ce qu'on connaissait, c'est la routine au Québec.

Le réveil avec une alarme alors que le soleil n'est pas encore levé.

Réveiller les enfants qui dorment encore.

Les déjeuners pressés en préparant les collations, les sacs d'école et les agendas.

Les dernières minutes avant le passage de l'autobus à courir sur l'adrénaline pour que tout le monde ait des souliers, un manteau, un chapeau, des gants, un sac, une boite à lunch.

Crier que l'autobus arrive pour que les derniers retardataires sortent dehors.

S'assurer que les enfants qui marchent arrivent avant que la cloche ne sonne à 8h04.

S'assoir complètement vidés pour respirer un peu après cet intense sprint, en pyjama, les cheveux en bataille, un café à la main.


Au Mexique, c'était différent.

Chacun se réveille quand il est reposé avec les premiers rayons de soleil qui sortent toute l'année entre 6h et 7h.

On déjeune et on s'habille puis on sort marcher dehors vers le chemin où les colibris butinent pendant que papa prépare les lunchs dans le silence d'une maison vide.

Quand tout est prêt, entre 8h35 et 8h50, on se dirige à pied vers l'école.

On profite du soleil qui réchauffe doucement l'air, tous les jours.

On s'arrête à l'enclos des chevaux au coin de la rue.

Si on est suffisamment d'avance, on les laisse venir à nous, les enfants les flattent et leur donnent de l'herbe.

Au loin, on voit Miss Rebecca et Señor Raoul qui attendent les enfants devant la barrière de l'école pour les accueillir.

Quand 9h approche, on marche jusqu'à l'école, on se sourit, on se salue, on se souhaite bonne journée.

Les enfants arrivent progressivement à leur rythme et ils entrent dans la cour. Quand tout le monde est arrivé, un peu avant ou un peu après 9h. La routine commence. Chacun se dirige vers son horaire, puis vers l'endroit où il est attendu.

Les parents retournent vers la maison pour débuter leur journée, réénergisés par le soleil et la légère activité physique.


En route vers l'école, le matin de l'Halloween
En route vers l'école, le matin de l'Halloween

J'ai beau avoir raconté cette histoire à au moins une dizaine de personnes depuis notre retour. On dirait que l'écrire me fait encore mal.


Encore mal de constater comment un matin pressé ne convient pas à mon rythme naturel qui est très lent la première heure suivant mon réveil, moi qui ne suis pas de type matinal.


Encore mal de voir en face qu'on prive nos enfants de sommeil tous les jours alors qu'il est bien connu des experts qu'une bonne hygiène de sommeil constitue une base solide de santé.


Encore mal de réaliser que le soleil me manque quand je suis dans le nord ; le temps d'ensoleillement, sa présence au quotidien, la beauté des levers et des couchers de soleil.


Encore mal de ressentir la pression, le stress, l'adrénaline, matin après matin, alors qu'on pourrait vivre collectivement tout ça avec tellement plus de douceur.


Encore mal de prendre conscience que tout ça revient, jour après jour.


Et même si j'essaie d'agir sur les facteurs sur lesquels j'ai du pouvoir, comme me lever plus tôt pour avoir plus de temps, respirer pour apaiser mon stress, il reste que le soleil se lèvera trop tôt l'été et trop tard l'hiver, sortir dehors nécessitera de l'habillage (compliqué pour mes hypersensibles) plusieurs mois par année, l'autobus ne ralentira pas si les enfants ne sont pas dehors, la cloche sonnera pour presser les enfants à se mettre en rang.


Alors, nous pouvons choisir de continuer de vivre ça, ou encore choisir de scolariser à la maison avec tout ce que ça implique au Québec, ou partir ailleurs, là où le rythme (et bien d'autres choses!) nous convient mieux.

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