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La place des enfants

Pas longtemps après notre retour à Querétaro, nous avons eu la chance de participer à une fête annuelle : El Día del Niño, le jour de l'enfant.


Querétaro, c’est la ville où nous avions habité lors de notre premier séjour au Mexique, là où mon dernier fils, Samael Miguel, est né. Après un an au Canada, nous avions décidé de retourner vivre au Mexique, cette fois pour nous y installer.


Il y avait plusieurs raisons derrière ce choix. L’une d’elles, c’était justement la place des enfants et de la famille dans ce pays.


Nous avions d’abord voulu explorer d’autres régions, visiter, voir un peu plus de ce Mexique si grand. Mais après quelques semaines au bord du Pacifique, nous avons décidé de retourner là où nous avions été bien. Là où nous avions des repères. Là où nous connaissions déjà des gens et savions que nous pourrions trouver du soutien : Querétaro.


Et quelques jours après notre arrivée, nous avons célébré El Día del Niño. Je l’ai vécu à la fois comme une fête de bienvenue et comme un rappel de l’une des raisons pour lesquelles nous avions choisi de revenir.


Les enfants avaient commencé à fréquenter un petit centre d’apprentissage où une enseignante offrait du soutien pédagogique aux enfants scolarisés à la maison. Pour nous, c’était presque idéal : nous pouvions insister sur l’apprentissage de l’espagnol, poursuivre les apprentissages scolaires dans un petit groupe intime d’une dizaine d’enfants et envoyer nos quatre plus grands au même endroit.


Toute la semaine, des activités avaient été organisées pour célébrer l’événement : journée pyjama, coiffures farfelues, échange de bonbons, dîner Joyeux Festin. Puis, le jour officiel du Día del Niño, il y a eu une grande fête dans le parc de notre petit quartier.


Des jeux gonflables. Des parents installés derrière des tables pour distribuer gratuitement des paletas — des popsicles! —, du popcorn, de la barbe à papa et de l’eau aux fruits. Toutes sortes de jeux et d’activités. Un spectacle de clown pendant lequel j’ai ri comme ça faisait longtemps tellement il était bon. Et la grande finale : les piñatas.



Une journée parfaite pour les enfants, mais qui m’a aussi permis de retrouver, moi-même, un peu de la joie d’être une enfant.


Mais ce n’est pas tout.


Beaucoup d’endroits sont pensés et aménagés pour les enfants et les familles. Nos deux grands coups de cœur : le cinéma junior et les restaurants.


Au cinéma junior, il y a des modules de jeux en haut de la salle, une glissade qui la traverse presque au complet et une piscine de balles en bas. Les enfants jouent jusqu’à ce qu’une voix les invite à prendre place. On leur explique comment va se dérouler l’expérience — la noirceur, le volume, l’image — ainsi que les consignes : rester suffisamment silencieux pour que tout le monde puisse entendre, rester assis pendant le film pour éviter de tomber.


Il y a des sièges familiaux, de gros poufs pour deux ou trois personnes, des divans et des sièges traditionnels. Et à la moitié du film, il y a une pause de dix minutes. Tout le monde peut aller faire pipi après avoir bu son gros jus, bouger un peu, se dégourdir les jambes, puis revenir terminer le film.


Parce que ma quatre ans n’est pas la seule enfant qui a du mal à rester assise pendant une heure et demie.


Pour vrai, après avoir vécu ça une première fois, ça devenait presque une évidence : c’était tellement plus adapté à la clientèle des films de Pixar!



Pour les restaurants, il y a la version coup de cœur des enfants et celle des parents.


Pour les enfants, ce sont les restaurants avec modules de jeux et activités organisées. Nous avons vu des structures extérieures, des terrains de soccer, des piscines, des feux de foyer avec des guimauves, de l’animation.



Et pour les parents, le summum : les restaurants avec service de nounou. Des employés veillent sur tes enfants dans l’aire de jeu pendant que tu peux — enfin! — souper tranquillement. Toute la famille ressort de là contente.


Ce sont des exemples assez banals. Mais comme mère de cinq enfants, ça change énormément mon expérience des sorties. Et je trouve que ça en dit long sur les attentes que l’on entretient envers les enfants.


Comme si on reconnaissait ici que tous les enfants ne sont pas capables de rester assis dans le calme, avec un coloriage et des crayons de cire, pendant tout le temps que peut durer l’attente au restaurant.


Ici, mes enfants regardent Merlin l'Enchanteur dans la piscine pendant que je savoure ma pizza et mon verre de vin TRANQUILLE!
Ici, mes enfants regardent Merlin l'Enchanteur dans la piscine pendant que je savoure ma pizza et mon verre de vin TRANQUILLE!

Au Mexique, je sens beaucoup plus que mes enfants peuvent être des enfants.

Et beaucoup moins qu’ils dérangent.


Je me souviens avoir eu un choc peu de temps après notre retour au Québec.


Nous venions de faire plusieurs heures de voiture et nous nous étions arrêtés manger dans une halte routière qui regroupait plusieurs restaurants de restauration rapide autour d’une salle à manger commune.


Mes enfants venaient de passer six heures assis dans la voiture. Ils avaient besoin de bouger. J’essayais de leur permettre de le faire de la façon la moins dérangeante possible : je les amenais avec moi chercher du ketchup, je multipliais les allers-retours entre notre table et les condiments simplement pour leur donner l’occasion de faire quelques pas.


Puis, à un moment, ils se sont retrouvés debout sur le banc.


Et là, je l’ai senti.


Ce que je n’avais presque pas senti pendant six mois au Mexique : ce n’était pas acceptable.


Et pourtant, de mon point de vue, leur besoin de bouger était tellement compréhensible. Mais il n’y avait pas d’espace pour ça.


Tous les adultes entassés autour de nous mangeaient, et je savais très bien que la plupart s’attendaient probablement à ce que mes enfants s’assoient eux aussi et mangent calmement. Je savais tout aussi pertinemment que cette attente était, à ce moment précis, inaccessible pour eux.


Je ne savais pas très bien comment me positionner. Alors j’ai laissé mes enfants être des enfants, tout en veillant à ce qu’ils respectent l’espace des autres clients.


Mais oui, ils ont été agités.

Ils ont été bruyants.

À notre table.


Et j’ai continué à observer cet écart. L’écart entre les capacités réelles et les besoins des enfants, et les attentes des adultes qui voudraient parfois qu’ils se comportent comme de petits adultes. Comme si exiger d’eux un comportement adulte était la façon de leur apprendre à bien se comporter.


Pourtant, je ne crois pas qu’un enfant ait besoin d’être constamment bombardé de consignes, puis puni lorsqu’il n’arrive pas à les respecter, pour apprendre les bonnes manières.


Il a besoin de modèles. Parce qu’il imitera naturellement une grande partie des comportements des adultes qui l’entourent. Il a aussi besoin d’accompagnement pour apprendre, petit à petit, ce qui est attendu de lui.


Le temps qu’il grandisse.

Le temps que son cerveau mature.

Le temps qu’il devienne, justement, un adulte.


Exiger d’un enfant qu’il se comporte déjà comme un adulte alors qu’il n’en a pas encore les capacités, surtout lorsqu’il est très jeune, c’est parfois lui demander l’inaccessible. Et le placer ensuite en situation d’échec.


Je pense entre autres à mes visites à l’église, où l’on demande aux enfants de rester assis, en silence. Aux adultes qui passent une partie de la cérémonie à essayer de les faire obéir : Chut! Reste assis! Arrête de bouger!


Alors que l’enfant comprend à peine pourquoi il est là et que les paroles du prêtre lui sont souvent très peu accessibles. Son expérience peut rapidement devenir exécrable. Et après, on s’étonne qu’en grandissant, plusieurs n’aient aucune envie d’y retourner.


Je pense aussi à l’école. Encore une chance qu’elle soit obligatoire, parfois je me demande combien d’enfants choisiraient réellement d’y retourner chaque matin s’ils avaient le choix.


Particulièrement ceux que l’on appelle les élèves « en difficulté ».

Ceux qui passent leurs journées à sentir qu’ils ne sont pas à la hauteur.


Alors que, parfois, ce n’est pas tant l’enfant qui ne fonctionne pas.

C’est peut-être le milieu qui ne sait pas quoi faire de sa façon de fonctionner.


Et je ne parlerai même pas ici de tous ceux à qui l’on demande de modifier leurs comportements, leur personnalité ou leur façon d’être simplement pour réussir à entrer dans le cadre. Parce que cette réflexion-là mérite probablement un texte à elle seule.

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