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Un enfant n’est pas un contenant vide à remplir

Ce texte est le troisième et dernier d’une série autour de notre choix d’éducation libre. Après avoir parlé de mon regard d’ancienne orthophoniste scolaire, puis de la question du « retard » scolaire, j’avais envie de terminer par ce qui nous touche le plus : tout ce qui s’apprend quand les enfants peuvent observer, traverser, rencontrer, s’adapter et vivre le monde pour vrai.


Je crois que chaque enfant est différent.

Qu’il apprend à sa manière.

À son rythme.

Avec ses forces, ses intérêts, sa sensibilité et une façon d’être qui lui est propre.


Et je crois qu’un système qui fait sentir un enfant incompétent, insuffisant, inadéquat, jour après jour, semaine après semaine, année après année, parce qu’il n’arrive pas à retenir l’orthographe des mots de vocabulaire à l’étude, peut devenir violent.


Je sais que c’est un mot fort.


Mais je l’ai vu.


J’ai vu l’étincelle dans le regard d’enfants curieux s’éteindre.


J’ai vu des enfants tuer le temps six heures par jour en attendant les vingt minutes de récréation où ils pourraient enfin être eux-mêmes, quand elles ne leur étaient pas retirées pour du rattrapage ou un mauvais comportement.


J’ai vu des enfants brillants, sensibles, créatifs, drôles, allumés, se mettre à croire qu’ils n’étaient pas bons. Pas assez rapides. Pas assez concentrés. Pas assez performants. Pas assez conformes.


Et je ne peux plus faire semblant que ça ne me dérange pas.


Je ne crois pas qu’un enfant devrait « travailler » comme on l’entend trop souvent à l’école. Je ne crois pas qu’il devrait passer ses journées assis en silence à un bureau, à se faire remplir comme un contenant vide de savoirs détenus par le maître.


Je crois qu’un enfant devrait bouger.

Parler.

Explorer.

Questionner.

Manipuler.

Observer.

Créer.

Se tromper.

Recommencer.

S’émerveiller.


Je crois que notre rôle d’adulte n’est pas de le forcer à entrer dans une case, mais de l’alimenter, de le guider, de lui offrir un environnement riche, vivant, sécurisant, stimulant.


Je ne dis pas que tous les enfants devraient suivre le même chemin.

Je ne dis pas que toutes les familles devraient faire les mêmes choix.

Je ne dis pas que l’école ne peut jamais être un lieu beau, riche et important.


J’ai vu du personnel engagé.

J’ai vu des profs dévoués.

J’ai vu des adultes qui aiment profondément les enfants.


Mais je crois aussi qu’un système peut être porté par des personnes magnifiques et rester, malgré tout, trop rigide pour plusieurs enfants.


Aujourd’hui, quand je regarde mes enfants, je suis fière de les entendre dire qu’ils ont hâte d’aller dans leur petit centre d’apprentissage mexicain, où l’enseignante et moi avons choisi, d’un commun accord, de mettre l’accent sur l’apprentissage de la langue plutôt que sur les attentes du niveau scolaire.


Mes quatre enfants autour de la même table, malgré leurs âges différents. Chacun évolue à son rythme, et les plus vieux aident les plus jeunes.
Mes quatre enfants autour de la même table, malgré leurs âges différents. Chacun évolue à son rythme, et les plus vieux aident les plus jeunes.

Je suis fière qu’ils aient fréquenté trois milieux de vie cette année seulement, où ils ont rencontré des adultes dévoués et inclusifs, où ils se sont fait des amis qu’ils ont aimés et appris à quitter.


Je suis fière d’entendre mon bébé d’un an dire des mots dans quatre langues différentes.


Je suis fière de les voir apprendre autrement.


Pas toujours de façon linéaire.

Pas toujours de façon mesurable.

Pas toujours dans l’ordre attendu.


Mais profondément.


Je sais que cette vision peut déranger.

Je sais qu’elle peut bousculer.

Je sais que pour plusieurs, l’école reste une évidence, une sécurité, un passage obligé.


Mais pour moi, il est devenu impossible de croire qu’un seul modèle peut convenir à tous les enfants.


Un enfant n’est pas un contenant vide.

Un enfant est vivant.


Et un enfant vivant ne se développe pas seulement en remplissant des cahiers.

Il se développe en relation avec le monde.

Avec son corps.

Avec les autres.

Avec la nature.

Avec le jeu.

Avec les défis réels.

Avec ses intérêts.

Avec sa curiosité.

Avec ce feu intérieur qu’on devrait protéger au lieu d’éteindre.


Et peut-être que c’est ça, au fond, qui guide aujourd’hui notre choix d’éducation.


Ne pas éteindre le feu.



J’écris ces textes parce que ces réflexions m’habitent profondément, mais aussi parce que j’ai envie d’ouvrir la discussion. Si ce texte résonne en vous, j’aimerais beaucoup vous lire. Est-ce que quelque chose vous rejoint dans cette façon de voir l’apprentissage? Est-ce que ça vient confirmer ou bousculer votre propre rapport à l’éducation? Vos commentaires sont les bienvenus, ici ou en message privé.

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