J’ai été orthophoniste scolaire pendant 10 ans… et pourtant, je choisis l'éducation libre
- MariePier BT
- 14 mai
- 3 min de lecture
Ce texte est le premier d’une série de trois réflexions autour de notre choix d’éducation libre. Trois portes d’entrée pour raconter ce qui nous a doucement amenés à choisir l’apprentissage qui naît du vivant, du voyage et du quotidien.
J’ai été orthophoniste scolaire pendant 10 ans.
J’ai adoré l’école toute mon enfance.
J’en ai vu des écoles, des salles de classe, des profs, des élèves.
Et pourtant, je suis aujourd’hui une fervente adepte de l’unschooling, de non-scolarisation, d’éducation libre et en famille.
Quand mon premier fils a eu 5 ans, j’avais déjà commencé cette réflexion. Cela faisait déjà cinq ans que je travaillais en milieu scolaire et que je prenais conscience de l’envers du décor. Déjà cinq ans que je défendais mes jeunes clients avec des troubles de langage ou d’apprentissage pour qu’ils aient, eux aussi, accès à l’éducation et au plaisir d’apprendre.
Déjà cinq ans que je voyais les injustices et les faiblesses de notre système d’éducation.
Mais cette fois, il ne s’agissait plus de mes clients. Il s’agissait de mon fils. Et la réflexion a pris un autre sens.
J’avais lu sur différentes approches pédagogiques. Nous habitions une toute petite ville où il n’y avait qu’une petite école de village. Pour avoir travaillé avec le personnel de cette école, je pouvais dire que c’était une bonne école, pour le système scolaire. Du personnel engagé, des projets, des activités variées.
Mais il n’en demeurait pas moins que les élèves en difficulté étaient démotivés, en échec, détestaient l’école et étaient bien souvent aux prises avec des problèmes de comportement.
Mon fils avait lui aussi des particularités, des “besoins particuliers”, mais un handicap bien invisible. Et comme j’en avais trop vu, je craignais que ses besoins passent inaperçus. Ou au mieux, qu’ils soient vus, mais impossibles à prioriser sur des listes d’attente déjà bien chargées.
Comme très peu d’alternatives éducatives étaient offertes dans notre coin, nous avons pris la décision de le scolariser à la maison. Nous avions choisi comme approche l’unschooling, la non-scolarisation, avec la conviction profonde que l’enfant a une capacité innée à apprendre. Que s’il évolue dans un milieu stimulant, il peut apprendre et se développer, guidé par ses intérêts, sa curiosité et sa motivation intrinsèque.


Mais les besoins particuliers de notre fils ont amené une intensité à notre quotidien qui a été rapidement difficile à soutenir seuls.
Beaucoup de gestion de comportements.
Beaucoup d’interventions.
Beaucoup de gestion du risque.
Une hypervigilance constante.
Nous avons donc opté pour une approche hybride, où les adultes travaillant à l’école seraient nos alliés pour prendre soin de notre fils, nous laissant un peu de répit.
Il a toujours fréquenté à temps partiel. Ce qui me permettait aussi de le voir évoluer à travers ce programme rigide et cette structure tout aussi rigide. Ce qui me forçait à participer à de nombreuses rencontres de plans d’intervention, à tenter d’expliquer le profil complexe évalué par l’orthophoniste et la neuropsychologue que nous avions payées de notre poche, à tenter de faire reconnaître ses besoins.
Ça m’a permis de voir, de mon œil de mère cette fois, les failles de ce système.
Pas seulement comme professionnelle.
Pas seulement comme orthophoniste.
Mais comme mère.
C'est une chose de soutenir un client dans un système imparfait, mais c'est différent quand c’est son propre enfant qui en subit les impacts.
Je ne suis pas arrivée à l’éducation libre parce que je rejetais l’école sans la connaître.
J’y suis arrivée après l’avoir aimée.
Après y avoir travaillé.
Après y avoir cru.
Après avoir tenté, souvent, de réparer ce qui pouvait l’être de l’intérieur.
Puis, un jour, j’ai dû admettre que ce que je souhaitais pour mes enfants ne se trouvait peut-être pas dans la structure que j’avais connue.
Et c’est probablement de là que part ma réflexion aujourd’hui : non pas d’un rejet de l’école, mais d’un désir profond de remettre l’enfant, le vivant et le lien au centre.
Dans le prochain texte, je poursuis cette réflexion autour d’une question sensible : celle du “retard” scolaire, et de tout ce qui s’apprend pourtant en dehors des cahiers, des niveaux et des attentes du programme.



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