Pas de miroir, pas de problème
- MariePier BT
- 5 août
- 3 min de lecture
À la fin de mon article sur la vie sans horloge, je vous avais promis de vous raconter notre vie sans miroir.
Ça faisait alors quelques semaines à peine. Les constats que nous faisions étaient très intéressants, mais je pensais vraiment que nous aurions des miroirs d’un jour à l’autre.
Depuis, cinq mois ont passé.
Et nous n’avons toujours pas de miroir.
Quand nous sommes revenus au Mexique, nous avons loué une maison pour un an que nous avons dû meubler et équiper à partir de zéro. Comme notre budget était assez limité, nous avons dû établir nos priorités.
Nous avons fait livrer des matelas le jour de la prise de possession, puis nous sommes allés acheter des draps, des oreillers, des serviettes et une cafetière.
Dans les jours qui ont suivi, nous avons équipé minimalement la cuisine : un chaudron, un poêlon, quatre bols-assiettes, un ensemble de vaisselle par enfant, quatre verres, deux tasses et un jeu de six ustensiles.
Nous avons aussi fait fabriquer une table et des chaises par un artisan qui travaille avec du bois recyclé. Elles sont magnifiques et parfaitement à notre image, mais nous avons dû manger assis par terre pendant trois semaines avant qu’elles soient prêtes.
Nous n’avons toujours pas de divan. Nous avons plutôt choisi d’investir
dans un pouf géant qui se déplie pour devenir un lit king.
Nous avons mis de côté les tables de chevet, les tables basses, les bibliothèques, les étagères, les décorations, les tapis et les coussins.
Il y a quand même quelques objets que nous avons ajoutés au fur et à mesure que nous avions un peu de liquidités ou que le besoin devenait trop important : des rideaux pour atténuer le bruit, l’écho et la lumière, une plaque de cuisson pour tout ce qui va au four — depuis, nous faisons des pizzas carrées — et une chaise de bureau pour les heures de travail.
D’autres choses attendent encore leur tour.
Mais nous ne nous sommes jamais rendus jusqu’à prioriser les miroirs.
Alors, depuis cinq mois, nous avons appris à vivre sans miroir.
Nous avons appris à nous faire confiance les uns les autres pour les bouches sales, les morceaux coincés entre les dents et les crottes d’œil.
Mais surtout, cette expérience m’a fait prendre conscience que, le plus souvent, j’utilisais le miroir pour tenter de me voir comme les autres me verraient.
Il ne nous servait donc pas seulement à nous regarder. Il nous permettait aussi de nous juger à travers leurs yeux.
Est-ce que j’ai l’air grosse dans ce chandail?
Est-ce que je suis cernée ce matin?
Est-ce que j’ai de plus en plus de rides?
Est-ce que ma barbe est trop longue?
Mais, en réalité, je suis telle que je suis.
Mon linge, je l’aime. Il est confortable. Et si j’ai envie de le porter, je me fous finalement un peu de ce que les autres en pensent.
Si mon apparence change, si elle est plus ou moins belle ou conforme aux attentes, c’est quand même ainsi que je suis.
Alors, à quoi bon me soumettre à une inspection quotidienne?
Peu à peu, le miroir est devenu complètement futile.
Personne ne le cherche. Personne ne le réclame.
Nous avons appris à vivre comme ça : à choisir les vêtements que nous avons envie de porter, à nous coiffer grâce à des gestes répétitifs bien connus et à nous poser des questions entre nous lorsque c’est nécessaire.
« Est-ce que ce pantalon fitte avec ce chandail? »
« Est-ce que j’ai une couette de travers? »
Avec le temps, j’ai même oublié que je ne me voyais plus.
J’ai perdu du poids sans vraiment m’en rendre compte, jusqu’à ce que je remarque l’ombre de ma silhouette en marchant, un soir.
Je me suis dit :
« Tiens, mon corps a changé. Je ne l’avais même pas remarqué. »
J’en suis aussi venue à être surprise lorsque j’apercevais mon reflet dans la porte-patio.
Ma tête. Mon linge. Mon sourire.
Et je me disais :
« Tiens, ça faisait drôlement longtemps que je ne m’étais pas vue. »
Le miroir conserve quand même quelques utilités relativement essentielles, j’oserais dire.
Mes filles aiment se maquiller. Et je dois avouer que, pour ça, le feed-back visuel du miroir facilite un peu plus le travail que de poser ses gestes à l’aveugle. Quoique, bien souvent, elles préfèrent se maquiller entre elles.
Il y a aussi ces moments où l’on sent quelque chose de nouveau sur son visage.
Une blessure?
Un bouton?
Un poil?
Dans ces cas-là, on a parfois besoin de voir pour comprendre.
Alors, pour toutes ces occasions, nous avons la vitre du four!




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