À qui appartient le risque?
- MariePier BT
- 6 juil.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 août

Une des discussions qu’on a souvent porte sur la liberté.
Le premier voyage au Mexique, et celui-là encore, stimule beaucoup ces discussions.
Parce qu’on vient d’un pays qu’on dit libre.
Et je comprends qu’on peut le comparer à des pays où les gens ont beaucoup moins de liberté, où ils vivent sous des régimes beaucoup plus coercitifs, et que le Canada devient, par comparaison, une terre de liberté.
Je ne veux pas me plaindre le ventre plein.
Mais j’ai envie d’ouvrir une réflexion.
Avec mes enfants, quand on parle de liberté, on parle toujours aussi de responsabilité.
Plus tu es libre, plus tu deviens responsable de tes choix.
De tes actions.
Des conséquences.
Et je pense souvent à ça.
Un jour, j’ai reçu une contravention parce que j’étais stationnée dans la rue, la nuit, l’hiver.
Et j’étais absolument d’accord.
Je nuisais à l’ordre public.
Au bon déroulement des services publics.
Au déneigement.
Mais j’ai aussi, par la même occasion, reçu une contravention parce que mes portes de voiture n’étaient pas barrées.
J’imagine que le policier qui préparait ma contravention de stationnement a “essayé” ma porte, a constaté qu’elle n’était pas barrée, et m’a punie d’une deuxième amende.
Une amende bien plus salée que celle du stationnement.
Et ça m’a fait réfléchir.
Pourquoi?
En quoi c’était mal pour la sécurité publique que je laisse mes portes débarrées?
Ça faisait du mal à qui, sinon à moi?
J’encourageais le vol?
Peut-être.
Mais dans ma vision, on devrait être libre de barrer nos portes.
Et libre de ne pas les barrer.
On aussi être responsable des conséquences.
Je n’ai jamais compris pourquoi la police s’en mêlait.
Au Mexique, la gestion de la sécurité publique est bien différente.
On voit régulièrement des hommes assis dans des boîtes de pick-up.
Des enfants qui sortent la tête par la fenêtre.
Des familles entières entassées dans une voiture.
Des mères qui allaitent en route.
Personne ne se cache quand il aperçoit une voiture de police.
Même si on a été bien surpris au début, ça nous a amenés à réfléchir sur la liberté individuelle.
Sur la possibilité de faire les choix qui correspondent au risque que chacun est prêt à prendre.
Et implicitement, à comment chacun se responsabilise pour ses choix.
D’où je viens, la ceinture de sécurité est obligatoire, sous peine d’amende.
Le siège d’auto pour enfant est obligatoire, sous peine d’amende.
Les marchettes pour enfant sont interdites parce qu’on décide pour tout le monde que le risque trop grand.
Je ne suis pas contre la sécurité.
Je comprends qu’une société ait besoin de règles pour fonctionner.
Mais plus j’y pense, plus je trouve cette approche paternaliste.
Infantilisante.
Comme si on ne faisait plus confiance aux gens pour réfléchir.
Comme si on ne faisait plus confiance aux parents pour veiller eux-mêmes à la sécurité de leurs enfants.
Comme si la sécurité devenait une raison suffisante pour retirer le choix.
Et ce n’est pas seulement une question de sécurité routière.
En éducation, on impose un programme rigide.
On décide que tous les enfants doivent apprendre la même chose.
Dans le même ordre.
Au même âge.
De la même façon.
Et on met des bâtons dans les roues aux familles qui veulent faire des choix éducatifs différents.
En santé, on impose des calendriers de vaccination.
Des traitements.
Des mesures sanitaires.
Des protocoles.
Et je me demande quelle place on laisse encore à la personne devant nous.
À ses valeurs.
À ses questions.
À son histoire.
À ses croyances.
À ses peurs.
À son intuition.
À son consentement.
Aux accouchements, je l’ai senti souvent.
Dans les protocoles.
Dans les interventions présentées comme des évidences.
Dans cette impression qu’il n’y a qu’une seule bonne façon de faire.
Une seule vision de la sécurité.
Un seul risque acceptable.
Comme si la sécurité appartenait au système avant d’appartenir à la femme qui accouche.
Comme si le protocole savait toujours mieux que le corps.
Mieux que l’intuition.
Mieux que l’histoire.
Mieux que les besoins.
Mieux que la femme elle-même.
Et plus je regarde tout ça, plus je me dis que ce n’est pas de cette liberté-là que j’ai envie.
Je suis d’avis qu’on devrait informer.
Éduquer.
Accompagner.
Faire confiance à chaque personne.
Faire confiance qu’elle est capable de faire les choix qui sont les meilleurs pour elle, à ce moment de sa vie, avec ce qu’elle porte comme croyances, comme connaissances, comme vécu, comme intuition.
Faire confiance aussi qu’elle est responsable des conséquences qui s’en suivront.
Je suis pour l’information.
Pour la responsabilité.
Pour le consentement éclairé.
Mais je n'en peux plus du contrôle systématique.
Avec cette idée qu’il faut encadrer, réglementer, interdire, sanctionner et surveiller parce qu’on ne ferait pas confiance aux gens pour choisir eux-mêmes.
Pour moi, la liberté, ce n’est pas l’absence de risque.
C’est le droit de choisir le risque qu’on est prêt à prendre.
C’est le droit de choisir en conscience.
C’est le droit de dire oui.
De dire non.
De dire pas maintenant.
Pas comme ça.
Pas pour moi.
Même si ça dérange.
Même si ce n’est pas le choix recommandé.
Même si ce n’est pas le choix que les autres auraient fait.
C’est mon avis sur la liberté.
Et c’est une des raisons pour lesquelles j’ai quitté la terre dite de liberté qu’est le Canada.
Pas parce que je crois avoir trouvé un pays parfait.
Mais parce que vivre ailleurs m’a permis de voir plus clairement quelque chose que je ressentais déjà depuis longtemps.
On peut vivre dans un pays qui parle beaucoup de liberté.
Et réaliser qu’on y est de moins en moins libre de choisir sa propre vie.



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